Les clandestins ont parfois des anges gardiens - Ouest-France
De notre correspondante EMILIE PONS - Sept. 27, 2009
Tous les soirs, à partir de 21 h 30 au coin de l'avenue Roosevelt et de la 73e rue, dans le Queens, Jorge Munoz nourrit qui se présente à son pick-up blanc. Équipé d'assiettes, de verres, de tasses et de couverts en plastique, ce citoyen américain d'origine colombienne distribue, de l'arrière de son véhicule, soupe, café et chocolat chaud. Et du poulet accompagné de riz.
Les convives? Des travailleurs immigrés illégaux pour la plupart, souvent sans travail, et qui, lorsqu'ils gagnent un peu d'argent, l'envoient immédiatement à leurs familles. Ils n'ont tous qu'une hâte: manger. Beaucoup sont sans abri. Sous les rails de la ligne 7 du bruyant métro aérien, ces hommes de l'ombre trouvent là respect et soutien.
Peu de femmes se présentent. L'une d'entre elles, une Asiatique de plus de 40 ans, est toujours en train de manger à 22 h 30. Seule et silencieuse, elle est assise contre le mur en face de la camionnette, un grand sac plastique à ses côtés.
La générosité de Jorge Munoz attire désormais Égyptiens, Asiatiques, Éthiopiens, Américains blancs comme noirs, même si la majorité de ses protégés demeure un groupe de latinos. Chacun est très concentré sur son assiette et son breuvage. Peu acceptent de parler. Ont-ils un avenir ici? « Non, pas vraiment, estime Jorge. C'est très difficile, surtout en ce moment. »
Jorge Munoz, la quarantaine, a commencé à servir des repas gratuits en 2004. Il sert en moyenne 140 personnes par jour! Il ne prend jamais de vacances. En cinq ans, il a servi plus de 70 000 repas de fortune. On le surnomme désormais « l'Ange du Queens »... et la Ville de New York en a fait l'un de ses « héros officiels ».
En mars dernier, il a reçu le « City Spirit Award », au prestigieux Madison Square Garden, une récompense attribuée à ceux qui changent la vie des autres. à la question: « Qu'est-ce que ça vous fait d'être célèbre? » il répond, humblement et sans quitter son groupe des yeux : « Ces types en ont besoin... »
L'affaire de Jorge est une histoire de famille : sa mère Doris Zapata, âgée de 70 ans, l'aide à préparer les repas. Sa sœur Luz participe. De jour, Jorge Munoz est conducteur de bus. De nuit, et après une journée de travail d'environ douze heures, il est fidèle au poste, Avenue Roosevelt. La paye de Jorge (environ 450 € par se- maine) lui permet de remplir sa mission. Il ne bénéficie d'aucune aide, si ce n'est la bonne volonté d'habitants du quartier.
